le résumé

Si le paludisme, aussi connu sous le nom de malaria (issu de l’italien mal’aria, « mauvais air »), est une maladie parasitaire à l’incidence encore importante (214 millions de nouveaux cas en 2015 à l’échelle mondiale), le taux de mortalité lié à celui-ci a chuté de façon spectaculaire entre 2000 et 2015.

Pas étonnant donc que le prix Nobel de physiologie ou médecine 2015 ait été attribué à Mme Tu Youyou, chercheure en pharmacie, car c’est elle et son équipe qui ont découvert, en 1972, l’artémisinine, qui constitue aujourd’hui la base des combinaisons thérapeutiques recommandées par l’OMS pour le traitement contre la malaria.

les détails

L’histoire de Tu Youyou est fascinante. Durant la guerre du Vietnam, la malaria fait rage, créant une véritable hécatombe chez les combattants nord-vietnamiens et chinois. Mao Tsé-Toung confie lui-même à la jeune chercheure de 39 ans et à son équipe, la mission prioritaire et ultrasecrète (désignée « le projet 523 ») de trouver un médicament pouvant guérir cette maladie parasitaire.

Nous sommes en pleine révolution culturelle. Les scientifiques sont dénigrés. Son propre mari est envoyé dans un camp de travail, pour y être « réformé ». Mais pas elle : elle bénéficie d’un soutien exceptionnel du régime, car la « cause » est d’intérêt national.

Née en 1930, Tu Youyou avait obtenu un diplôme de pharmacologie de l’Université de médecine de Pékin, puis elle avait fait des études sur les théories de la médecine chinoise traditionnelle, une formation pourtant destinée aux médecins occidentaux. C’est sans doute un tel contexte « hybride » qui l’a poussée à s’inspirer à la fois de la médecine chinoise ancestrale et de la médecine moderne dans ses recherches.

Le « savoir traditionnel chinois »…

Au moment d’entreprendre ses travaux sur le paludisme, la malaria était traitée par la quinine et la chloroquine, auxquels la maladie opposait des résistances. Plutôt que de recourir aux méthodes de recherche habituelles en testant des milliers de molécules, Tu Youyou et ses collègues se tournent vers le savoir traditionnel chinois. Au cours de ses fouilles dans des documents anciens (plus de 2000 recettes anciennes analysées), elle consulte le Manuel de pratique clinique et de médicaments d’urgence, un livre du maître taoïste, alchimiste et médecin Ge Hong, de la dynastie Jin (265-420). Il y est fait mention de l’armoise annuelle, censée pouvoir agir contre la croissance des parasites responsables de la malaria.

… jumelé aux méthodes de recherche modernes

Ayant ensuite recours aux méthodes de recherche modernes, elle réussit à extraire le principe actif de cette plante, l’artémisinine, puis à le tester sur des personnes — en commençant par elle-même — pour finalement développer un traitement efficace qui combine l’artéméther et la luméfantrine, un autre agent actif d’origine chinoise.

Fait intéressant, l’artémisinine (ou l’artéméther/luméfantrine) serait le seul et unique médicament venant de Chine qui ait été reconnu dans le monde occidental. Peut-être y a-t-il d’autres découvertes à faire dans les écrits des « grands alchimistes » d’antan ?

Prix et reconnaissances

Récompensée par de nombreux prix et attributions de postes honorifiques en Chine, la chercheure reçoit en 2011 le prix Albert-Lasker pour ses travaux sur l’artémisinine, dont on dit qu’il constitue « l’antichambre » du prix Nobel de physiologie ou médecine, qu’elle reçoit effectivement quelques années plus tard.

Le prix Nobel

Lors de la cérémonie de remise, en 2015, le secrétaire des prix Nobel déclare que toute la communauté scientifique est impressionnée « par la façon dont Tu Youyou est arrivée à jumeler les médecines traditionnelle et moderne ». Sans récompenser la médecine traditionnelle chinoise en elle-même, mais bien l’inspiration de la chercheure-pharmacienne, l’attribution de ce prix est tout de même considérée comme une forme de reconnaissance de la médecine chinoise ancestrale.

Tu Youyou est la première femme chinoise à recevoir un prix Nobel et la première personne nobélisée en physiologie ou médecine en Chine. 

Pour les curieux, le nom « Tu Youyou » aurait été tiré d’un verset du Classique des vers, anthologie qui rassemble les plus anciens textes de poésie chinoise, et dont certains attribuent la paternité à Confucius.

le clin d’œil du pharmacien

Les travaux de recherche de Tu Youyou ont contribué à la survie et à l’amélioration de la santé de millions de personnes. Malgré cela, on estime que la malaria fait encore près de 500 000 victimes par année, en majorité des enfants africains. 

Au Canada, on comptait en moyenne de 8 à 20 cas chaque année entre 2001 et 2008. Si vous pensez vous rendre dans une région endémique, il est recommandé de visiter une clinique de Santé-voyage, au moins 6 semaines avant votre départ.

Depuis l’entrée en vigueur de la loi 41, le pharmacien peut prescrire des médicaments, dans certains cas, lorsqu’aucun diagnostic n’est requis, notamment en prévention du paludisme. Si vous voyagez vers une destination où il y a des risques de contracter le paludisme, vous pouvez donc consulter votre pharmacien, il pourra évaluer la situation, analyser votre dossier et s’assurer qu’il peut bel et bien vous prescrire un médicament. 

liens utiles

Le paludisme
Voyage.qc.ca 

Que faire si on pense avoir la malaria?
INSPQ

Paludisme : informations aux voyageurs
Site d’information de l’OMS

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